Empire Bolloré : crainte du monde de l’édition et du cinéma
Cette année, au festival de Cannes, une grande discussion autour de la possession par le milliardaire Vincent Bolloré du groupe Canal+ qui finance le cinéma français était omniprésente.
Au début de ce festival, le journal Libération publie une tribune lancée par un collectif, « zapper Bolloré ». Au départ ce sont 600 professionnels du cinéma qui la signent. Quelques jours plus tard, ils passent à près de 2000, parmi lesquels Juliette Binoche et Jean-Pascal Zadi. Cette tribune dénonce l’emprise grandissante de l’extrême droite dans le septième art via l’empire de Vincent Bolloré. Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde » précise, dans un article publié le 22 mai que « La pétition […] grimp[e] à 2 400 signataires. », auquel vient s’ajouter « un collectif de près de 400 professionnels du théâtre et du spectacle vivant – comédiens, directeurs de théâtre, metteurs en scène et auteurs – », selon un article du « Monde » publié le 23 mai.
Les cinéastes, les acteurs, les professionnels du cinéma s’inquiètent davantage car la culture est vraiment en péril puisque, comme l’a largement diffusé la presse, ce sont 2000 cinémas UGC, qui seront rachetés par Monsieur Bolloré d’ici 2028. Steve, un employé d’un cinéma UGC exprime avec beaucoup d’anxiété cette incertitude face à un changement à venir : « Je redoute que la direction artistique et la programmation des films soient modifiées. Je crains également une pression pour privilégier certaines œuvres ou certains types de contenu. » Cela fait également réagir une adolescente et sa mère qui possèdent toutes deux une carte de fidélité pour fréquenter les salles de cinéma, et qui s’interrogent sur l’avenir et l’ambiance générale qui régnera au sein des cinémas. « La sélection des films nous plaira-t-elle toujours ? »
Les signataires de la pétition s’inquiètent d’autant plus, car dans le monde de l’édition un scandale est aussi arrivé. Scandale ou problème. Vincent bolloré, à qui appartiennent les groupes Vivendi et Hachette a pris le contrôle de nombreuses maisons d’édition. Récemment, la maison Grasset a été secouée : après le licenciement de son directeur par le groupe Bolloré, plus d’une centaine d’auteurs ont claqué la porte pour protester contre ce qu’ils estiment être une reprise en main idéologique et un manque d’indépendance éditoriale. Ce qui fait réagir avec virulence les professionnels du livre lesquels sont en première ligne face au changement dans le monde de l’édition. Ainsi, dans sa médiathèque, Myriam, la responsable des livres section adultes, redoute : « une possible réduction de la diversité des voix en raison de la concentration ». Elle précise, : « j’entends déjà certains de nos usagers manifester leurs préoccupations. » En effet, Thérèse, fréquentant régulièrement la médiathèque, déclare : « J’ai vraiment peur de voir disparaître, les petites maisons d’édition indépendantes que j’aime tant. » De leur côté, les vendeurs de librairie témoignent également des tensions qu’ils ressentent sur le terrain, comme « le départ d’auteurs ou de directeurs », confirme Max tout comme « la méfiance, envers les grands groupes d’édition, dont font preuve nos clients fidèles », insiste sa collègue Marie.
Que va-t-il alors advenir de tous ces professionnels en danger ?
Pendant le dernier festival sur la Croisette, la réponse de Canal+ n’avait pas tardé : Maxime Saada, le président du directoire de Canal+, avait pris la parole pour faire part de son indignation, qualifiant la tribune « d’injustice » envers ses équipes. Il avait également fait part d’une sanction. Canal+ ne souhaite plus travailler avec les signataires de cette pétition, avait-il annoncé.
Ce qui veut dire que ceux qui ont signé la pétition ne seraient plus employés par ce groupe. Donc des centaines d’artistes, de réalisateurs, de producteurs et de techniciens pourraient se retrouver sans emploi.
La ministre de la culture avait jugé cette réaction disproportionnée. Pourtant, la concentration des médias pose problème, car elle peut porter atteinte à la diversité culturelle ainsi qu’au pluralisme démocratique.
Comment tous ses spécialistes vont-ils s’organiser ou s’arranger ? À suivre !
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